Présidentielle 2027 : « Pour le premier tour, Mélenchon a un boulevard »
Le sociologue Manuel Cervera-Marzal l’affirme sans détour : Jean-Luc Mélenchon part favori pour le second tour en 2027. Une hypothèse qui fait frémir une grande partie du système politico-médiatique.
Alors que les municipales de mars 2026 approchent, La France insoumise a déjà basculé en mode campagne présidentielle. Le 10 janvier à Villeurbanne, Jean-Luc Mélenchon l’a martelé sans ambiguïté : « Oui, nous sommes entrés en campagne présidentielle. Toute l’organisation insoumise, ses 5000 structures de base, ses 110 000 personnes inscrites dans des groupes d’action, tout le monde est sur le pont ! »
Un appareil de guerre électorale inédit à gauche.
Depuis 2022, LFI a multiplié par six son nombre de militants, de cadres salariés et d’élus. Le mouvement s’est considérablement parlementarisé avec 70 députés. Il dispose aujourd’hui de 40 permanents et de ressources financières doublées. Une « machine » rodée, tournée depuis sa création vers l’élection reine, qui contraste avec la désorganisation chronique des autres forces de gauche.
Manuel Cervera-Marzal, auteur du livre de référence Le populisme de gauche, sociologie de La France insoumise, va plus loin. Selon lui, Mélenchon bénéficie d’un « boulevard » pour le premier tour. Les raisons ? L’usure historique du macronisme, la fragmentation inévitable de « l’extrême centre » et la faiblesse criante des candidatures rivales à gauche.
Le scénario du duel contre l’extrême droite n’est plus une hypothèse marginale.
Jordan Bardella ou Marine Le Pen au second tour face à Mélenchon ? De nombreux commentateurs, même parmi ceux qui diabolisent régulièrement le leader insoumis, considèrent désormais cette configuration comme probable. Mais c’est précisément sur le second tour que les analyses divergent radicalement.
Rémi Lefebvre, politiste et auteur de Faut-il désespérer de la gauche ?, se montre beaucoup plus réservé. Il reconnaît le socle solide de Mélenchon (autour de 12 % minimum), le renforcement de l’appareil et sa capacité à capter le vote utile. Mais il pointe un « énorme plafond de verre » et une détestation profondément ancrée dans l’opinion, y compris chez certains militants LFI sur le terrain.
La diabolisation atteint des sommets… et pourrait se retourner.
Depuis le 7 octobre 2023, les attaques se sont multipliées : accusations d’être le « cheval de Troie de l’entrisme islamiste », amalgames répétés avec l’antisémitisme, éditorialistes traitant les députés insoumis de « mal élevés » sur TF1. Bruno Retailleau l’a dit clairement : « Le RN appartient à l’arc républicain, ce que n’est pas LFI. »
Pourtant, cette diabolisation systématique a un double tranchant. Elle renforce l’image de Mélenchon comme seul opposant réel au système. Sa prestation professorale et apaisée devant la commission d’enquête de Laurent Wauquiez a même suscité des éloges inattendus… jusqu’à CNews.
Le vrai choc : la France est sociologiquement à gauche, mais électoralement à droite.
C’est l’argument central de Manuel Cervera-Marzal, appuyé sur les travaux de Vincent Tiberj. Les enquêtes longitudinales sur trois décennies montrent que la majorité sociale du pays est plus proche du programme de LFI que de celui du RN, tant sur le plan économique que sur les questions sociétales. Le problème ? Cette majorité ne vote pas ou s’abstient massivement.
Rémi Lefebvre met en garde : la droitisation des élites centristes et une partie des électeurs macronistes ne suivra pas forcément Mélenchon face à l’extrême droite. Il juge « fantasmatique » l’idée d’une réserve massive d’abstentionnistes de gauche dans les quartiers populaires.
Le second tour : zone d’incertitude totale.
Aucune élection récente n’offre de précédent comparable. Lors des législatives de 2024, dans les duels LFI-RN, 43 % des électeurs du centre ont choisi les insoumis contre 25 % pour le RN. Un chiffre qui interroge les certitudes.
Pourtant, la question démocratique reste posée. Jean-Luc Mélenchon gouverne LFI comme une « machine de guerre électorale » assumant de sacrifier la démocratie interne à l’efficacité. Purges, absence de courants, concentration du pouvoir : si cette pratique se traduisait à l’Élysée, elle inquiète jusqu’à d’anciens proches comme Raquel Garrido.
Verdict ?
Pour Manuel Cervera-Marzal, la victoire de Mélenchon en 2027 reste le scénario le plus probable. Pour Rémi Lefebvre, c’est un rêve dangereux qui sous-estime la détestation et le plafond de verre du leader insoumis.
Une chose est certaine : la bataille est déjà lancée. Et elle promet d’être d’une violence politique inédite sous la Ve République.
(Débat extrait de l’émission « À l’air libre » de Mediapart, 22 janvier 2026, avec Manuel Cervera-Marzal et Rémi Lefebvre.)






